Avec “BANG BANG”, Lionel m pose une réflexion frontale sur notre rapport au téléphone et au virtuel. Entre slam et rap, il livre une écriture libre, intense et imagée, qui questionne sans imposer. Un premier titre qui affirme une identité artistique singulière et profondément humaine.

“BANG BANG” parle de notre relation au téléphone et au virtuel. Quel a été le déclic personnel qui t’a donné envie d’aborder ce sujet ?
Mon regard sur le monde d’aujourd’hui. Plus qu’un déclic, c’est l’observation que j’ai chaque jour de ce qui m’entoure. On se rend bien compte de la présence permanente de nos smartphones dans notre quotidien et de l’accélération que nous avons dans son utilisation en termes de temps mais aussi en termes de manière de vivre. Tout passe par le téléphone. À se demander où est le sens et comment on peut trouver et préserver l’espace de notre vie intime et personnelle, là où on se sent vrai et bien. Je trouve que le smartphone est devenu symptomatique de nos contre-sens. Un miroir qui emprisonne nos sentiments. Un temps volé qu’on ne retrouvera jamais (Ce temps que tu me voles, tu ne me le rendras jamais, c’est pour ça que cette course est folle et m’isole à chaque fois que je te touche et que tu apparais…). Finalement, je me demande s’il n’est pas en train de se substituer à nos relations de vie et nos relations de cœur. C’est la question que pose ce premier single.
Tu te situes “au croisement du slam et du rap”, sans vraiment revendiquer une case précise. Comment définirais-tu ton identité artistique aujourd’hui ?
C’est exactement ça. Ni slameur, ni rappeur, juste humain 😊. J’ai grandi dans la mixité culturelle en faisant le grand écart entre l’Europe centrale et les Antilles. Mon travail artistique aujourd’hui représente cette mixité qui m’ouvre les portes du monde, finalement 😊. Je ne suis pas quelqu’un qui s’inspire facilement. Cela a du bon et du moins bon, mais cela me permet d’avancer fidèlement à qui je suis et à mes valeurs. Cela me permet également de créer et de prendre un chemin singulier. C’est pour ça qu’il est difficile de me mettre dans une case ou dans un genre. Je ne me voyais pas simplement poser mes textes sur une mélodie au piano et je ne suis pas non plus dans la rythmique du rap. J’ai besoin de prendre l’espace librement. C’est pour cela, je pense, que ce que je fais se trouve naturellement à la croisée des deux, mais dans une forme nouvelle. Il faudrait peut-être inventer un mot pour le définir. On verra plus tard. Pour le moment, c’est la rencontre avec le public qui m’inspire et me parle. On n’a pas besoin de case pour exister.

Il y a une critique de notre rapport au virtuel dans le morceau, mais sans moralisation. Est-ce important pour toi de faire réfléchir sans donner de leçon ?
Oui, c’est extrêmement important. Qui sommes-nous pour prétendre savoir, pour prétendre guider ? Je ne suis ni un guide ni un sachant. C’est pour ça que je préfère proposer. Il me semble important de mettre en lumière les problèmes d’aujourd’hui sans les fuir, tout en pouvant les aborder dans une discussion éclairée de chacun. C’est exactement ce que je fais à travers ce titre. Le temps m’a permis d’apprendre l’humilité. Nous pouvons dire les choses de manière puissante et engagée sans pour autant les imposer. C’est là toute la différence, et c’est juste du respect en fait. Le vivre ensemble est important pour moi. C’est ce que j’applique à mes textes. Dénoncer oui, mais avec une ouverture sur une réflexion commune avec le public. Je trouve ça plus sain. Finalement, c’est juste partager tout en laissant la place à l’autre. C’est la relation que je souhaite avoir avec le public.
Ton écriture est très imagée et directe. Comment construis-tu un texte ?
C’est un ensemble, un terrain d’expression où l’écriture est centrale. L’émotion peut en effet faire naître en moi des idées d’écriture. Et dans le même temps, les idées m’apportent, à travers l’écriture, les émotions. C’est pour cela que je prends soin de la justesse des mots, des rimes, des échos et de ce que chaque syllabe et chaque respiration va pouvoir apporter au récit et à la compréhension de ce que je propose. Quand j’écris, un univers s’ouvre naturellement en images, en sons et en émotions. C’est le mélange de tout ça qui guide ma plume. Ensuite, une fois posés, je retravaille mes textes pour leur donner le rythme et le sens que je souhaite. C’est un moment précieux. Le rythme fait aussi partie du sens donné. C’est ça qui est beau dans l’écriture et son interprétation ensuite. Les espaces que tu ouvres sont infinis. C’est justement la différence entre la création humaine et celle malheureusement utilisée par les algorithmes aujourd’hui. Notre force créative est précieuse à partir du moment où elle est sincère et véritable.

Après une première visibilité grâce à ta collaboration avec Motsdumarquis, qu’est-ce que BANG BANG raconte de toi ?
Après les 800k vues que nous avons eues, BANG BANG dévoile une nouvelle manière d’aborder et de partager des thèmes quotidiens qui concernent tout le monde. Un mode d’expression artistique où se mêlent texte, performance et puissance musicale. Quelque chose de nouveau, je crois. En tout cas, celui de mon engagement artistique. Ce que dévoile ce premier titre de ma personnalité est peut-être la sincérité de mon engagement dans la vie et la force que je mets dans ce qui me révolte, dans ce qui va à contre-sens. Je suis un hyper-sensible des relations humaines. Du coup BANG BANG vient, comme une détonation, poser les bases de ce que je suis en train de construire artistiquement. La vie me donne à chaque instant une force incroyable dans ce que je peux ressentir, observer et partager. J’ai besoin de canaliser cette force pour pouvoir conserver des relations apaisées autour de moi, mais l’écriture et la chanson deviennent pour moi un véritable terrain d’expression forte et courageuse. Un espace de mise à nu. C’est là que j’arrive à me dévoiler avec cette force qui m’habite. C’est là que j’arrive aussi à explorer mon intérieur et les sujets qui dérangent. La ligne directrice reste la manière de le partager au plus grand nombre.
Si les auditeurs devaient repartir avec une seule sensation après avoir écouté BANG BANG ?
L’envie de réécouter encore et encore, en découvrant à chaque fois un peu plus ce qui se cache derrière les mots et les rimes. Prendre ce temps et ressentir cette joie de choisir et de jouir du présent.
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